Monique Galibert

Hommage à Madame Monique Galibert

par Bernard Devauchelle

– séance de l’Académie du 21 septembre 2026 –

Femme de l’ombre ?

Gardienne du temple ?

Quel apophtegme, quelle sentence retenir pour évoquer la personne de Monique Galibert, membre correspondante de l’Académie qui nous a quittés le 31 juillet dernier ?

Dans ce qui se veut être ni une biographie, ni une hagiographie, quand, reprenant la première phrase de l’hommage que lui a rendu le Professeur Daniel Le Gars, lors de ses obsèques, il écrit :

« Retracer l’existence de Monique, c’est raconter l’histoire et la vie du service de neurochirurgie du CHU d’Amiens. »

Nous ne savons rien de son enfance, entourée de ses sœurs et de son frère, famille du nord de la France. Elle en avait gardé le souvenir ému d’un patois picard cambrésien.

En 1962, jeune infirmière au CHU de Lille, elle est affectée dans le service de neurochirurgie du Professeur Laine, image mythique du « Grand Patron ».

La neurochirurgie est une discipline naissante. Succédant à ce que l’on nommait la psychochirurgie (l’image de l’extraction de la Pierre de Folie le rappelle), la première exérèse d’une tumeur cérébrale par Thierry de Martel date de 1908, et les premiers services dédiés (à la Pitié Salpêtrière, à Lariboisière à Paris) en 1933 et en 1942. Celui de Lille est créé en 1950.

C’est dans ce service Lillois que travaille un jeune neurochirurgien brillant, Pierre Galibert, qui eut rapidement des prétentions universitaires, en dépit de relations tendues avec son « patron ». À tel point que ce dernier envoie son élève créer un nouveau service à Amiens. Nous sommes en 1967 (Amiens est CHU en 1966). Et il emporte avec lui celle qui s’appelle encore Monique Debail. À qui il confie ce lieu hétérotopique qu’est le bloc opératoire. Elle en deviendra la « gardienne ».

Souvenir personnel quand, en 1973, externe dans ce service, interdiction nous était faite d’aller au bloc opératoire assister à une intervention. Miss Debail (tel était le surnom qu’on lui donnait) montait la garde.

Quelle était à l’époque la relation personnelle qu’elle entretenait avec Monsieur Galibert ? Peu importe même si, dans le microcosme hospitalier, les langues vont bon train. Jusqu’à son officialisation par leur mariage.

L’ombre du maître, dont la réputation a été vite reconnue sur le plan international, a déteint sur elle. Elle forme, des années durant, des générations d’instrumentistes. Elle créa en 1973 l’Association Française des Infirmières de neurochirurgie dont elle fut la Présidente.

Le service accueillit en effet nombre de chirurgiens étrangers, venus pour beaucoup des pays d’Amérique du Sud mais aussi de l’Iran, du Vietnam, chirurgiens avec lesquels elle gardait des liens forts.

Chacun savait au CHU que le mois de septembre était consacré à leurs vacances, toujours à l’étranger, loin de la France. D’aucuns, parmi vous, a-t-il souvenir de la communication que fit Pierre Galibert en octobre 1996 consacrée à l’Amiénois médecin Alphonse Marie Edmond Pavie, ami de Victor Pauchet ?

Rien d’étonnant non plus à ce qu’elle ait gardé, après le décès de Pierre Galibert en 2010, cette passion des voyages. Souvenir parfum. La cannelle qu’elle vendait au profit d’une association d’aide à Madagascar.

En 1993, au moment de son départ en retraite, Pierre Galibert développa, cruauté du destin, une maladie de Parkinson, lentement évolutive. Quittant alors le CHU, Monique Debail Galibert va alors l’accompagner, sans jamais abandonner son rôle d’infirmière. Et j’ai souvenir fort lorsqu’elle m’avait demandé de venir dans leur appartement examiner son mari lorsqu’il était déjà grabataire. Épouse aidante.

Infirmière, au double sens étymologique du mot, (infirme, enfermement) Monique Galibert l’a donc été tout au long de sa vie, avec une constante rigueur, une constante bienveillance. Elle-même affectée par la maladie, elle n’affichait aucune plainte.

Son décès ponctue l’histoire de la première génération de la neurochirurgie amiénoise.

À vous qui l’avez croisée au cours de nos séances de l’Académie, vous avez comme moi le souvenir d’une femme discrète, attentive, bienveillante.

Femme de l’ombre. Gardienne du temple ? Disions-nous. Élégance tout simplement.