Cette séance mensuelle se tiendra dans l’auditorium Charles-Pinsard de la bibliothèque Louis-Aragon, le lundi 24 février à 17h30.
Amiens se taille, au XIIIe siècle, une place de premier plan dans le grand commerce de la guède, une plante cultivée dans les campagnes voisines, qui permet de teindre en bleu, devenu la couleur de la Vierge et de la monarchie capétienne. Cet « or bleu » permet de financer, de façon régulière et importante, la construction particulièrement rapide de la cathédrale, la plus grande de France. Aux deux derniers siècles du Moyen Âge, alors que s’effacent les grands marchands waidiers amiénois qui avaient osé se faire représenter sur le haut-relief du mur sud du sanctuaire, s’imposent, dans ce négoce, trois villes allemandes, en particulier Erfurt ; et deux cités d’Italie centrale, Arezzo et Orvieto : ces dernières semblent, aujourd’hui, avoir oublié qu’elles avaient été « pays de cocagne », alors qu’en témoignent leurs édifices religieux. Mais aussi, dans le négoce européen du pastel (autre nom de la guède), entre 1350 et 1600, deux villes d’Aquitaine : Albi d’abord, où se dresse la cathédrale-forteresse Saint-Cécile, où l’on admire aujourd’hui le jubé en gothique flamboyant et l’immense fresque du Jugement Dernier ; puis Toulouse : non loin de la basilique Saint-Sernin, le visiteur découvre le couvent des Jacobins, mais aussi, cachées derrière les façades de briques, les « tours d’orgueil » des demeures des grands marchands pastelliers.
Frappé presque à mort par la concurrence de l’indigo aux deux derniers siècles de l’Ancien Régime, le pastel surgit à nouveau, il y a une trentaine d’années, par la volonté de quelques passionnés, d’abord dans le Midi toulousain, puis en Picardie. Ces derniers trouvent, en collaboration avec la recherche universitaire, de nouveaux débouchés en dermatologie, cosmétologie ou dans l’habillement.
Un certain nombre de places sont ouvertes au public sur réservation.
