Cette séance mensuelle se tiendra dans l’auditorium Charles-Pinsard de la bibliothèque Louis-Aragon, le lundi 21 septembre à 17h15.
L’examen attentif de la trajectoire et de l’œuvre de Pierre-Théophile-Robert Dinocourt (1791-1862), romancier et publiciste originaire de Doullens, révèle une figure singulière du XIXe siècle littéraire que la postérité a trop hâtivement reléguée dans l’ombre. Loin de s’en tenir à l’image réductrice d’un simple faiseur de la littérature industrielle sous la Restauration, notre auteur s’impose comme un véritable observateur sismographique des soubresauts politiques et sociaux de son temps, tissant une œuvre colossale de plus de cent vingt volumes où se croisent le roman historique, le genre sombre et la verve pamphlétaire.
Issu de la « basoche picarde », ancré dans les traditions du droit et de la cléricature avant de s’imposer à Paris comme l’un des piliers les plus sollicités des cabinets de lecture, Théophile Dinocourt n’a jamais dissocié l’exercice de la fiction de l’arène du combat civique et politique. Ses fresques — qu’il s’agisse du Serf du quinzième siècle, du Camisard ou de La Cour des miracles — ne relèvent pas d’un simple divertissement pittoresque, elles constituent des laboratoires d’une pensée exigeante, interrogeant sans relâche les frontières de la liberté individuelle, l’arbitraire des castes nobiliaires, les dérives du fanatisme et la légitimité d’une justice souvent sourde aux aspirations des peuples.
Son engagement indomptable, payé de plusieurs confrontations retentissantes avec les tribunaux et les cours d’assises, témoigne d’un tempérament frondeur que les censures successives ne parvinrent jamais à museler. Pourtant, la complexité de cet esprit réside également dans ses métamorphoses : le contempteur des abus ecclésiastiques et le pourfendeur de l’ordre établi sut aussi se muer en moraliste rigoureux, obtenant de haute lutte la consécration de l’Académie française en 1840 pour son Cours de morale sociale.
Redécouvrir aujourd’hui Théophile Dinocourt, au-delà des approximations biographiques et des jugements hâtifs d’une critique ancienne, c’est restituer toute sa place à un ouvrier du roman noir et frénétique, un écrivain infatigable des lettres françaises, dont la voix, tour à tour ardente, caustique et profondément humaine, mérite amplement de retrouver la lumière sous la Coupole et au sein de notre patrimoine picard.
